La contamination chez les enfants
Le dépistage des anticorps anti-VHC doit être systématiquement
proposé chez :
• tous les enfants nés
d’une mère atteinte par le VHC ;
• les enfants ayant reçu une transfusion, en particulier
lorsqu’elle a eu lieu avant 1990 ;
• les enfants qui ont eu, avant 1992, des soins en néonatalogie
(grands prématurés) ou en pédiatrie pour une maladie
grave, ou une hospitalisation en réanimation, une intervention
chirurgicale importante ou une greffe.

La transmission de l’hépatite C étant
parentérale, le taux d’infection est moindre chez l’enfant
que chez l’adulte. La plupart ont été infectés
par transfusion ou dérivés sanguins avant 1990 (54% des
cas). Malgré sa relative inefficacité, la transmission
verticale est actuellement la principale source de contamination des
enfants. Aujourd’hui, dans plus de 90% des cas, près
de la moitié des mères avaient subi des injections ou
utilisaient des stupéfiants. Ainsi, l’usage de
drogues intraveineuses par les mères devient la principale cause
d’infection des enfants en Europe.
Le taux de transmission de la mère porteuse à
l’enfant avoisine les 3%. Il est nul en l’absence
de virémie maternelle, et atteint 5% en cas de présence
d’ARN viral circulant au moment de l’accouchement.
L’allaitement maternel n’augmente globalement pas le risque
de transmission, mais l’allaitement est toutefois déconseillé
car il pourrait transmettre l’infection en cas de charge virale
circulante élevée chez la mère (immunodéprimée..)
ou lorsque l’hépatite maternelle est symptomatique. La
hauteur de la charge virale peut influencer le risque de transmission
verticale, et la charge virale pourrait augmenter en fin de grossesse.
La co-infection par le virus HIV augmente le risque infectieux
de 7.5% à 40%.
En raison de la relative rareté de cette affection chez l’enfant,
les études d’histoire naturelle restent insuffisantes.
De même, il n’existe pas d’étude d’efficacité
des traitements à large échelle.
L’hépatite C présente la plupart du temps une évolution
bénigne à l’âge pédiatrique, mais sa
propension à la chronicité pendant des décennies
risque de conduire à la cirrhose et a l’hépatocarcinome.
Une telle évolution est à craindre chez ±20% des
patients, tandis que 15% des patients guérissent spontanément,
et 25% gardent une évolution bénigne.
Les enfants ne se plaignent habituellement d’aucun symptôme.
Leur examen médical est le plus souvent normal. La mesure du
taux des transaminases est normale chez un enfant sur trois et modérément
augmentée chez les autres enfants. Lorsqu’une biopsie du
foie est pratiquée, elle montre des anomalies minimes ou modérées
chez près de 90 % des enfants. Une cirrhose se développe
chez l’enfant dans 3 % des cas.
En l’état actuel des connaissances, l’hépatite
C de l’enfant est une maladie sans gravité dans la grande
majorité des cas.
Une guérison spontanée s’observe chez un tiers des
enfants contaminés par le virus C. Les autres enfants deviennent
porteurs du virus de façon permanente («porteurs chroniques»).
Il est rare qu’une guérison spontanée survienne
chez un enfant porteur chronique, mais l’évolution reste
le plus souvent favorable avec un recul actuel de 25 ans. Les enfants
mènent une vie normale. Il leur est essentiel, à l’adolescence
et à l’âge adulte, de s’abstenir de consommer
des boissons alcoolisées.
Les résultats du traitement par l’interféron et
la ribavirine chez des enfants porteurs chroniques du virus C sont voisins
de ceux obtenus chez les adultes, voire meilleurs* mais il persiste
des incertitudes sur le risque de réactivation du virus, longtemps
après la fin du traitement.
• En effet, les jeunes ne boivent pas, ne fument pas et ne présentent
quasi jamais de surcharge en fer (éléments négatifs
à une bonne réponse aux traitements)

Au vu des 100.000 à 120.000 naissances par an, on peut conclure
que 1000 grossesses auront lieu chaque année chez des mères
HCV positives.
Chaque pédiatre est donc susceptible de rencontrer un cas par
an.
Le risque de transmission de la mère à l'enfant dépend
avant tout du statut viral de la mère.
Globalement, la transmission s'observe dans 3 à 12 % des cas.
Néanmoins, si la mère présente une sérologie
positive mais pas de réplication virale active (ARN viral négatif
dans le sérum), il n'y a pas de risque de transmission.
En corollaire, le risque de transmission est d'autant plus élevé
que la charge virale maternelle est élevée (> 1 millions
de copies/ml). En cas de co-infection HIV, le risque peut atteindre
40%, et est indépendant du fait que l'enfant contracte ou non
l'infection HIV.
Source : Professeur Etienne Sokal
– UCL Bruxelles – www.hepatite.be
A propos des soins apportés aux enfants,
le Professeur Sokal a écrit une proposition de «carte blanche»
au journal le Soir :
L’ENFANT ET LE NON DROIT AU TRAITEMENT
Professeur Etienne Sokal, Pédiatre aux Cliniques Universitaires
St Luc- UCL
Un nouvel arrêté vient de paraître
visant à réduire drastiquement le nombre d’échantillons
médicaux distribués aux médecins. Patients, et
surtout parents, à vos poches…
Les effets pervers de cette nouvelle réglementation limiteront
encore davantage les possibilités de traitement de certaines
catégories de patients oubliés, et plus particulièrement
les enfants.
A maladie égale, l’accessibilité au traitement est
déjà compromise chez l’enfant. Lisez la notice de
vos médicaments : vous constaterez que bon nombre d’entre
eux ne sont mis sur le marché que pour l’adulte, sans considération
pour une probable indication médicale similaire chez l’enfant.
Savez-vous par exemple que le traitement de l’hépatite
C n’est pas prévu et donc remboursé chez l’enfant
? ou encore le traitement des vomissements induits par la chimiothérapie
en-dessous de 14 ans ? Il en est ainsi pour une série de traitements
poutant indispensables.
Les maladies chroniques sont plus rares chez l’enfant : Le fait
de ce marché plus étroit ne motive guère les efforts
et les investissements nécessaires aux études pédiatriques.
Or en l’absence de telles études, l’autorisation
de mise sur le marché de nouveaux médicaments ne prévoit
pas, voire exclut spécifiquement l’utilisation chez l’enfant.
Le pédiatre se trouve alors confronté au dilemme suivant
: soit il suit les recommandations de l’autorisation de mise sur
le marché et ne peut en faire bénéficier son patient,
un choix bien sûr éthiquement inacceptable dans bon nombre
de situations ; soit il utilise ces traitements à l’encontre
des recommandations, sous sa propre responsabilité, et de façon
empirique. En effet, l’usage éventuel de tels médicaments
chez l’enfant se fait sans connaissance précise du dosage
(il risque donc d’être trop fort ou trop faible) et sans
disposer d’études d’efficacité, de tolérance
ou d’effet à long terme. L’enfant est donc pénalisé
une première fois.
Et qui va payer ? la plupart des nouveaux médicaments ne sont
remboursés qu’après autorisation par le médecin-conseil,
lequel vérifie si les indications sont bien respectées.
L’usage étant de plus en plus officiellement
non recommandé chez l’enfant, le remboursement pourra être
refusé, et c’est effectivement le cas pour certains. L’enfant
se trouve alors pénalisé pour la seconde fois.
Jusqu’à présent, pour éviter de grever davantage
le budget des familles, le pédiatre pouvait faire appel aux échantillons
médicaux gratuits. Voilà maintenant que cette dernière
possibilité disparaît. La suppression des échantillons
pèsera directement sur le budget des parents d’enfants
malades chroniques qui bénéficiaient de cet usage compassionnel
: la compassion aura une fois de plus disparu.
A qui profite donc la mesure ? Pas au patient, on l’a vu. Pas
plus à la sécurité sociale qui faisait des économies
grâce à la remise d’échantillons gratuits.
Au motif louable d’éviter l’inondation du marché
par des échantillons non sollicités lors du lancement
de nouveaux produits, c’est le pharmacien qui semble être
le seul gagnant d’une mesure sans nuance.
Et le fonds de solidarité des mutuelles me direz-vous ? Introduisez
un dossier et revenez dans trois ans, si la maladie vous en laisse le
temps…
Pour mémoire : Article 3 de la convention des droits de l’enfant
:
Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles
soient le fait des institutions publiques ou privées de protection
sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des
organes législatifs, l’intérêt supérieur
de l’enfant doit être une considération primordiale.
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