Selon Jacques Robert, professeur de cancérologie biologique
à l'université de Bordeaux et vice-Président
de la Société française du Cancer, "La
connaissance des mécanismes moléculaires conduisant
à la prolifération cellulaire incontrôlée
a permis d'identifier des cibles thérapeutiques. Depuis 2
ou 3 ans, les résultats de cette stratégie dirigée
sont perceptibles, avec le développement de nouveaux médicaments".
… aux applications thérapeutiques
Alors que les médicaments ne visaient qu'à limiter
la prolifération des cellules cancéreuses, ils pourront
demain avoir de nouvelles cibles en corrigeant un défaut
de mort cellulaire, en inhibant le cycle cellulaire, les métastases
ou la transmission de signaux de prolifération cellulaire.
Ainsi les nouvelles molécules en développement sont
appelées "smart drugs", des molécules intelligentes.
Ce sont des anticorps monoclonaux, de grosses molécules difficiles
à manier, avec un risque de rejet mais aussi de petites molécules
pharmacologiques, beaucoup plus maniables. Mais attention, la bataille
n'est pas gagnée pour autant comme le précise le Pr.
Jean-Pierre Armand, Président de la Société
française du cancer et chef de service à l'Institut
Gustave Roussy : "Très logiquement, on s'est imaginé
qu'il suffisait de bloquer quelques noeuds clés des voies
de signalisation pour arrêter la progression du cancer. Le
problème est que lorsqu'une voie est bloquée, le message
de dérégulation peut emprunter une voie de dérivation,
car ce réseau de signalisation est un peu à l'image
du réseau du métro où pour aller d'un point
à l'autre il y a différents chemins. Pour être
pleinement efficace dans la maîtrise des cancers, il faudra
déterminer quels sont les lieux de passages incontournables".
Mais ce bouleversement des connaissances fait que tous les cancers
peuvent potentiellement bénéficier de ces progrès
de la recherche fondamentale. Autre bouleversement à venir,
la classification des cancers. "Il est vraisemblable que l'approche
"par organe" soit abandonnée (…) laissant
place à une classification par type moléculaire (cancers
présentant des cibles similaires, contre lesquelles un même
agent thérapeutique est susceptible d'agir)" conclut
le Pr. Jean-Pierre Armand. Mais avant de connaître de tels
bouleversements, il faudra caractériser les anomalies génétiques
des cancers. A ce titre, le plan cancer prévoit la création
de véritables bibliothèques de cellules et de tissus
cancéreux. L'objectif est de disposer d'une base d'analyse
clinico-biologique de 100 000 tumeurs d'ici quelques années.
Source : David Bême - Doctissimo (www.doctissimo.fr)

Avec l’aimable autorisation de Philippe Geluck.