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Le CHAC émet 10 propositions pour l'amélioration
de la prise en charge des personnes atteintes d'hépatites.
Actuellement, on estime à plus de 150 millions le nombre
de personnes infectées par le virus de l'hépatite C dans
le monde, soit 3% de la population mondiale. En Europe Occidentale, on
estime le chiffre à 5 millions et, en Belgique, on a dépisté
+/- 80.000 personnes rien que parmi les donneurs de sang. Actuellement,
70.000 personnes sont porteuses du virus de l'hépatite B tandis
qu’environ 100.000 personnes sont atteintes du virus de l'hépatite
C !
Ceci permet de constater l'ampleur de cette maladie dans notre petit pays,
face à un manque d'intérêt global des pouvoirs publics
alors que les milieux médicaux sensibles à ce problème
ont estimé que, d'ici les années 2010, on assistera à
l'émergence d'une large population de malades, atteints depuis
20 ou 30 ans par le virus HCV, dont la dégradation avancée
du foie posera un sérieux problème de santé publique,
ne fut-ce qu'au niveau de la prise en charge médicale.
On ne parle pas encore des retombées aux niveaux professionnel,
social et économique. Une association de patients comme le CHAC
se devait, dès lors, outre son objectif d'aide aux malades, de
lutter pour que ce problème, qui ne cesse de s'accroître,
devienne une priorité en matière de santé publique.
Étant donné le manque d'information, tant au niveau du grand
public qu'à tous les niveaux de responsabilité, ainsi que
d'une politique de prévention organisée, étant donné
les difficultés liées au traitement et à son accessibilité,
ainsi que les différents problèmes administratifs, professionnels
et sociaux rencontrés par les personnes atteintes d'hépatites,
nous attirons votre attention sur les 10 points suivants.
1. Nous revendiquons une meilleure accessibilité au traitement,
une meilleure information au patient sur les traitements de référence
ainsi qu'une prise en compte des douleurs et des problèmes psychiatriques
éventuels, liés au traitement Interférons Pégylés/Ribavirine.
Parce qu'ils sont trop âgés ou que leur
transaminases ne sont pas suffisamment perturbés depuis au moins
six mois, certains patients se voient refuser le traitement alors que,
dans certains cas, ils présentent déjà une fibrose
hépatique avec une cryoglobulinémie positive.
Un certain nombre de patients, sous-estimé par les hépatologues,
arrêtent le traitement avant son terme, tant les effets secondaires
leur sont physiquement et psychologiquement trop lourds à supporter.
Une patiente de 36 ans avoue avoir été contrainte d'interrompre
son traitement car sujette à des délires qui indiquait
chez elle un état dépressif très profond.
On sait que l'Interféron peut, dans de rares cas heureusement,
provoquer une dépression profonde chez des sujets prédisposés
ou déjà dans un état de fragilité nerveuse.
C'est un terrain propice pour tomber ensuite dans un état dépressif
mais combien de personnes souffrent-elles actuellement d'un "état
de fragilité nerveuse" ?
Cela implique que, pour un nombre non négligeable de patients
qui suivent le traitement, un soutien psychologique ne serait pas inutile,
qu'il soit inclus dans le cadre du traitement de l'hépatite ou
conseillé par l'hépatologue ou laissé au choix
du patient.
En cours de traitement, puis en période d'observation, de nombreux
patients regrettent le manque de dialogue avec leur hépatologue
lorsqu'il s'agit d'obtenir des informations concrètes sur la
maladie, sur les dommages déjà subis par leur foie et
l'évolution possible de leur maladie.
Même s'il est difficile de répondre à ce type de
questions sur le plan médical, ces questions sont légitimes
pour des personnes atteintes par une maladie récente dont personne
ne sait encore grand chose, c'est "Le grand secret". Mais
ces patients sont quand même inclus dans un protocole de traitement,
où le fait de signer plusieurs feuilles de décharge de
l'hôpital, quant aux effets secondaires, ne met pas vraiment à
l'aise. En outre, le résultat de ce traitement ira, quel qu'il
soit, dans les statistiques qui doivent permettre d'élaborer
une thérapie plus efficace. En échange de ces incertitudes,
en échange de ces craintes, nous pensons que les patients ont
le droit qu'on les considère comme des partenaires dans la recherche
d'une solution, et qu'il leur soit donné le droit de connaître
la vérité sur les multiples zones d'ombre qui entourent
encore cette maladie.
Un patient, Roger, artiste de 40 ans, témoigne :
J'ai perdu 14 kg sur l'année qu'a duré mon
traitement Interféron/Ribavirine. Je souffrais de douleurs perpétuelles
du bassin à la plante des pieds. Je n'avais plus la force de
marcher, ça me faisait trop mal. J'avais de terribles maux de
tête, de fréquentes nausées au moindre effort, de
fortes fièvres après les piqûres et de l'insomnie.
Cela fait maintenant 7 mois que mon traitement est terminé. J'ai
encore quelques problèmes de digestion mais mon profil hépatique
est bon et, au-delà de six mois, c'est bon signe. J'en ai bavé
mais ça valait la peine. Il paraît que c'est assez rare
de collectionner autant d'effets secondaires en même temps, j'ai
un ami qui, lui, a même continué à travailler normalement.
Roger aurait souhaité, qu'à par lui conseiller du Dafalgan
pour ses douleurs sans aucun résultat, on l'ait mis en contact
avec un service qui puisse prendre réellement en charge ses douleurs
pour améliorer un peu sa qualité de vie pendant ces 12
longs mois. Pourquoi ne pas imaginer un service ambulatoire des plates-formes
de soins palliatifs qui puissent traiter les douleurs des patients sous
interféron ?
2. Nous souhaitons que des moyens suffisants
soient consacrés à la prévention des hépatites
B et C, et plus particulièrement de l'hépatite C, par la
création, au niveau des pouvoirs publics, d'une ligne budgétaire
consacrée à la prévention.
Anna témoigne :
Lorsque mon médecin généraliste a annoncé
à mon époux qu'il était porteur du virus de l'hépatite
C, il ne lui a donné aucun conseil de prévention pour
mes enfants et moi-même, si ce n'est de nous conseiller le dépistage
de toute la famille qui s'est avéré négatif. Aux
nombreuses questions que je lui ai posées ensuite, celui-ci n'a
pas pu ou n'a pas voulu me donner de réponses satisfaisantes,
sur l'utilisation ou non du préservatif, sur nos habitudes quotidiennes,
en cas blessure de mon mari, etc.
Ces témoignages ne sont pas rares, malheureusement.
D'ailleurs, certains médecins généralistes se plaignent
d'un manque cruel de formation quant à cette maladie et à
son traitement. Rien non plus n'est fait en matière de prévention
par les pouvoirs publics: qui sont les groupes à risques qui
doivent être systématiquement dépistés et
vaccinés contre l'hépatite B ?
Que faire lorsque l'on a un doute après un comportement à
risque ou si l'on fait partie d'un de ces groupes à risques ?
Rien n'est dit, rien n'est écrit. D'un côté, la
sourde oreille, de l'autre le stylo fatigué! Des campagnes de
sensibilisation sont nécessaires pour les hépatites B
et C autant qu'elles le sont pour le SIDA !
3. Nous réclamons des moyens supplémentaires
à mettre à la disposition des équipes de recherche
sur l'hépatite C afin d'en améliorer le traitement.
En tant qu'association de patients, nous sommes tout
petits pour crier cela bien fort. Mais, avec les actions et le soutien
de tous ses membres, des médecins spécialistes et généralistes,
des laboratoires pharmaceutiques et d’associations diverses, il
faudra bien que les mentalités changent.
Il reste à espérer qu'elles changeront
avant que les vagues de malades se présentant dans les services
de gastro-entérologie ne les obligent à changer, car cela
voudrait dire qu'on a déjà perdu beaucoup de temps dans
la prévention de la maladie et que beaucoup de contaminations
auraient pu être évitées.
En attendant, des chercheurs travaillent et des médecins
mènent des études avec des budgets ridicules. Personne
ne baisse les bras, au contraire.
Et dans les congrès sur l'hépatite C, on entend des médecins
enthousiastes dire:
"...De nouveaux traitements seront disponibles
prochainement et nous travaillons ferme sur le développement
d'un vaccin..."
4. Nous demandons qu'un soutien psychologique
soit organisé pour les personnes atteintes d'hépatites et
leur entourage, et soit disponible tant en milieu hospitalier qu'ambulatoire.
A l'annonce de la découverte de leur maladie,
surtout si celle-ci est chronique, certains patients se sentent désemparés,
ils n'osent pas en parler autour d'eux, parfois même pas à
la famille, ils sont désarmés, certains tombent carrément
en dépression.
Fabienne, une employée de 39 ans, explique:
J'ai cru que le monde s'écroulait autour de moi.
J'ai le sentiment de vivre avec une épée de Damoclès
au-dessus de la tête. Je me demande comment cette hépatite
va évoluer, si je vais développer une cirrhose, voire
un cancer. Je ne sais pas combien de temps je pourrai vivre encore,
et surtout dans quelles conditions.
S'il est important de penser à la psychologie du malade,
il ne faut pas négliger son entourage : le mari ou l'épouse,
les enfants. Les enfants encaissent mal la déchéance physique
et parfois morale de leurs parents lorsque ceux-ci (l'un de ceux-ci
et parfois les deux) sont en plein traitement, avec des effets secondaires
importants et impressionnants pour les yeux, l'esprit et le cœur
d'un enfant
5. Nous sollicitons la prise en compte des aspects
sociaux liés à la maladie, ce qui implique notamment une
meilleure compréhension et une plus grande souplesse des médecins
concernant le traitement des personnes défavorisées ou dites
"instables". Nous demandons une prise en charge spécifique
de ces personnes, incluant d'une part une éducation à la
santé visant une meilleure adhésion du patient au traitement,
d'autre part un suivi adapté et plus flexible. Ceci, avec, pourquoi
pas, le concours des maisons médicales, des CPAS, des hôpitaux
ou autres organismes sociaux.
De nombreuses personnes, socialement défavorisées,
montrent des réticences face aux contraintes du traitement telles
que le coût (visites fréquentes chez le spécialiste),
les critères d'inclusion, la lourdeur administrative, la régularité.
Nous savons que le suivi du traitement est relativement exigeant, d'autant
plus dans le cadre d'un protocole, et que de telles exigences peuvent
devenir, pour certaines personnes, un obstacle au traitement. Nous comprenons
qu'il soit peut-être difficile de demander aux médecins
de faire preuve de souplesse dans ce cas particulier mais ne pourrait-on
pas imaginer que ces patients "délicats" soient suivis
et conseillés par une assistante sociale, par exemple, qui puisse
les guider, les rassurer et, avec l'aide des associations de patients
ou d'autres organismes sociaux (infirmières à domicile),
d'améliorer la compliance de ces personnes au traitement ?
6. Nous réclamons une attention particulière
pour les personnes atteintes d'hépatites qui sont isolées
et parfois dans l'impossibilité, vus les effets secondaires du
traitement, de faire leurs courses ou simplement se rendre à la
pharmacie. Nous espérons recruter des bénévoles dans
ce but, mais là aussi, les CPAS et autres organismes sociaux pourraient
apporter leur participation.
De nombreuses personnes atteintes d'hépatite
C avouent qu'elles n'auraient pas eu le courage de continuer leur traitement
sans le soutien empathique de leur famille et de leur entourage.
Serge, 43 ans, au CPAS, nous écrit :
J'ai commencé le traitement Interféron/Ribavirine
durant quelques mois. Mais vivant seul, j'ai vite été
dans l'impossibilité de me déplacer pour faire mes courses.
J'étais très déprimé et souffrais de douleurs
incessantes. J'ai été contraint d'arrêter le traitement,
c'était trop dur à supporter tout seul, malgré
la visite d'infirmières pour me faire les piqûres. C'est
la première fois que ma solitude m'est apparue si difficile à
assumer.
Peut-être que la visite d'une assistante sociale
ou d'un membre d'une association de patients pourrait remonter le moral
du malade et faire quelques courses pour lui, pourrait permettre à
celui-ci de tenir le coup et d'aller jusqu'au bout de son traitement.
Le traitement de l'hépatite C chez des patients isolés
doit pouvoir être complété, si nécessaire,
par un accompagnement offrant une aide logistique (courses, démarches
administratives, ...) et un soutien moral.
Les mieux placés pour ce type de démarches
sont évidemment les CPAS ou autres organismes sociaux. Cela fait
aussi partie de nos objectifs pour autant que nous puissions recruter
des bénévoles motivés ou que nous ayons les moyens
financiers nécessaires pour salarier ce type de personnes.
7. Nous demandons que cessent toute discrimination
et stigmatisation à l'égard des personnes atteintes d'hépatites,
tant en ce qui concerne la médicalisation que les aspects sociaux
et professionnels.
Qu'ils soient ou non en période
de traitement, certains patients ressentent par intermittence une fatigue
intense, des nausées, des douleurs musculaires ou articulaires,
des tremblements, une transpiration excessive... Un certain nombre d'entre
eux affirment qu'à la suite de ces symptômes, ils ont été
contraints d'abandonner leur travail ou se sont fait licencier pour
de trop fréquentes absences-maladies.
Voici le témoignage de Jacques, ouvrier de 45 ans, victime d'une
surprenante immixtion dans sa vie privée :
Je m'étais coupé au genou avec un outil très
tranchant et je perdais beaucoup de sang. Je me suis senti dans l'obligation
morale de prévenir mes collègues qui tentaient d'arrêter
l'hémorragie pour ne pas risquer de les contaminer. Lorsque ceux-ci
ont compris que j'étais porteur d'un virus qui se transmet par
voie sanguine, ils ont alerté l'assistante sociale de l'usine
qui a pris contact avec le médecin du travail. Celui-ci a alors
pris contact avec mon gastro-entérologue afin de connaître
les risques qu'encouraient mes collègues dans nos contacts quotidiens.
Tout a été fait à mon insu, c'est mon gastro-entérologue
qui m'a prévenu.
On nous parle régulièrement des problèmes
que pose l'hépatite C lors de la souscription d'une assurance
Vie/Décès, notamment lors de la souscription d'un prêt
hypothécaire. On nous rapporte que certaines compagnies refusent
simplement de couvrir le risque, d'autres l'acceptant moyennant des
surprimes colossales. Il est illusoire de penser que l'on pourrait mettre
les compagnies d'assurance au pied du mur en espérant obtenir
ceci ou cela.
En effet, les compagnies d'assurance sont des sociétés
privées qui se réservent le droit, comme pour tout autre
type de contrat, d'accepter ou de refuser un candidat à l'assurance.
Si le dépistage de l'hépatite C survient après
la souscription du contrat, la compagnie paiera le capital assuré.
Si le dépistage était antérieur
à la souscription du contrat et que le candidat a menti dans
son questionnaire médical, la compagnie n'aura qu'à invoquer
la fausse déclaration lors de la souscription du contrat pour
justifier le non-paiement du capital assuré.
Par contre, il est dans nos objectifs de prendre contact
avec l'Union Professionnelle des Entreprises d'Assurances pour tenter
d'ouvrir la discussion sur l'évaluation du risque de mortalité
par l'hépatite C. En effet, cette maladie n'a un vécu
officiel que de 10 années, ce qui est peu pour dire d'établir
des tables de mortalité correctes.
C'est un terrain difficile car n'oublions pas que des
maladies comme l'asthme, le diabète ou l'épilepsie sont
des raisons d'exclusion généralisées pour les contrats
d'assurance-décès.
On ne peut pas non plus invoquer la violation du secret
médical puisque ces questionnaires médicaux sont confidentiels
et que, seuls, les médecins-conseils des compagnies sont habilités
à en prendre connaissance pour fournir ensuite leur décision
au service "production" de la compagnie.
Un autre aspect plus traumatisant se situe au niveau
des contacts familiaux et sociaux des personnes atteintes d'hépatites.
Elles avouent leur crainte d'être stigmatisées et perçues
comme contaminantes à l'égard de leur entourage. Il n'est
pas rare de voir des membres de la famille couper les ponts avec un
malade par crainte de la contamination.
Là, on est en plein dans le problème
de l'information du public sur la question des hépatites et le
témoignage qui suit nous montre que ce n'est pas toujours le
grand public le moins bien informé.
Sarah, 27 ans:
Une de mes collègues qui avait appris ma maladie
évitait d'utiliser les toilettes du bureau. Elle finit par m'avouer
que sa soeur, infirmière de métier, lui avait dit qu'elle
risquait d'y être contaminée.
Luc, 38 ans, employé:
Dans ma rue, les voisins pensaient que j'avais le Sida.
Pendant mon traitement, je n'osais plus sortir de chez moi car, avec
la chute de mes cheveux, mon teint gris et une importante perte de poids,
les gens changeaient de trottoir en me voyant arriver. Un jour, un de
mes enfants est rentré de l'école dans une colère
noire. Il n'avait parlé de ma maladie à personne et plusieurs
élèves l'ont pris à parti en lui disant que son
père avait une maladie de drogué et de pédé,
qu'il allait en crever et que c'était bien fait pour lui...
8. Nous demandons que les usagers de drogues
atteints d'hépatites soient considérés comme des
patients comme les autres tant en milieu hospitalier qu'ambulatoire ainsi
qu'au niveau d'un suivi psycho-social. Nous demandons également
que l'usage de drogues ne soit plus un critère d'exclusion au traitement.
Nous savons que la marginalisation socio-économique
dans laquelle se trouvent certains usagers de drogues constitue une
barrière au traitement Interféron / Ribavirine. S'il faut
s'abstenir de toute généralisation à ce niveau
(tous les toxicomanes ne sont pas à mettre dans le même
sac) et qu'il convient de donner leur chance à ceux-ci de pouvoir
être traités sans discrimination, on peut imaginer un processus
de collaboration entre le médecin hépatologue et le centre
spécialisé dans le suivi de la toxicomanie du patient
(traitements de substitution).
Dans les cas où le toxicomane est suivi dans
le respect de son traitement à la méthadone ou au Subutex,
par exemples, on a pu remarquer une bonne compliance du patient au traitement.
Cela implique évidemment une démarche personnelle positive
de la part du patient toxicomane.
On comprend tout à fait que, dans des cas de
patients toxicomanes trop marginalisés, il y ait un besoin d'une
prise en charge spécifique préalable avant d'envisager
un traitement de l'hépatite qui ait une chance de donner des
résultats positifs. La situation est semblable avec d'autres
formes de marginalisation.
Il est donc souhaitable de tenir compte de l'état
d'esprit du patient marginalisé, quelle qu'en soit la cause.
Mais une exclusion systématique des toxicomanes de tout traitement
de leur hépatite ne va certainement pas dans le sens du combat
que nous menons contre cette maladie. Nous osons espérer qu'il
s'agit de cas isolés et non pas d'une attitude habituelle dans
les services de gastro-entérologie.
Mustapha, un ouvrier de 36 ans :
Mon gastro-entérologue m'avait averti qu'étant
actuellement en traitement à la méthadone, si je rechutais
et reprenais de l'héroïne, ne fut-ce qu'une seule fois,
il mettrait fin au traitement immédiatement car il ne voulait
pas perdre son temps avec des gens qui ne respectent pas strictement
les directives du traitement. Or, je respectais mon traitement de substitution
depuis longtemps et j'avais même recommencé à travailler.
Pourquoi avait-il autant de préjugés contre moi ?
Florence, 33 ans, au chômage, raconte :
Mon médecin a refusé de me soigner dans le
cadre de la bi-thérapie Interféron pégylé
/ Ribavirine tant que ma toxicomanie n'était pas guérie.
Après lui avoir fait observer que je ne consommais plus de drogues
grâce à mon traitement de substitution, il me proposa de
venir le revoir quand ce traitement à la méthadone serait
terminé en invoquant le caractère antagoniste de la méthadone
par rapport au traitement de l'hépatite C.
Renseignements pris, la méthadone n'est pas
un antagoniste de l'Interféron ou de la Ribavirine et n'est pas
particulièrement nocive pour le foie, en tout cas, pas au point
d'être une contre-indication incontournable au traitement de l'hépatite
C. Ce sujet mériterait de figurer à l'ordre du jour des
colloques entre hépatologues afin d'adopter une position commune,
basée sur des faits ou une étude clinique qui rendent
les résultats incontestables. De cette façon, on évitera
de faire de la discrimination vis à vis de toxicomanes affichant
une attitude positive et responsable, garante d'une bonne compliance
au traitement.
9. Nous demandons que les détenus porteurs d'hépatites
aient la possibilité de se faire soigner pendant leur détention
de la même manière, c.-à-d. avec la même qualité
de soins, que s'ils se faisaient soigner dans la vie civile.
Dans une étude intitulée "Sida et
Prison" (publiée par l'agence de prévention du Sida,
Ministère de la Communauté française de Belgique,
09/1997), le Dr. Fabienne Hariga a montré la séroprévalence
fort élevée des virus de l'hépatite B et C parmi
la population carcérale. Cette séroprévalence est
bien plus élevée que dans le reste de la population. Ceci
s'explique d'une part, par le pourcentage élevé de toxicomanes
en prison, et d'autre part, par la relative marginalisation de la population
carcérale dont une partie n'est que fort peu utilisatrice des
structures de soins quand elle est en liberté. Ainsi, ce qui
est vrai pour les hépatites, l'est aussi pour d'autres maladies.
La période d'incarcération - quand elle
dépasse une année - peut être le bon moment pour
se faire soigner d'une hépatite. Encore faut-il que le patient
soit correctement informé, demandeur et responsabilisé
sur les contraintes du traitement. Ceci pourrait être une opportunité
pour les patients qui risquent de retomber dans une vie "instable"
à leur sortie de prison, celle-ci n'étant pas un gage
de réinsertion sociale mais cela est un autre débat.
Le Dr Hariga ajoute:
En prison, il n'y a pas de dépistage des hépatites,
ni systématique, ni chez les personnes à risque. Ceci
répond apparemment à une logique économique, liée
au coût du dépistage. A l'heure actuelle, aucune action
de prévention n'a non plus été entreprise. Le traitement
par l'Interféron est inaccessible en prison, ce qui pour certains
hépatologues est considéré comme une faute professionnelle.
A tout ceci, ajoutons la relative inaccessibilité
du préservatif et l'inexistence de programme d'échange
de seringues en prison. (Si ce n'est l'échange de seringues terriblement
infectées. Certaines études avancent le chiffre de 20
à 25 détenus ayant utilisé la même seringue).
10. Nous appelons tous les partenaires concernés
par les problèmes liés aux hépatites (patients, entourage,
médecins, chercheurs, universités, associations, laboratoires
pharmaceutiques, etc.) à s'allier pour lutter efficacement contre
les hépatites B et C et leurs effets dévastateurs. Cette
alliance devrait se faire dans le plus grand respect des particularités
et des intérêts de chacune des parties.
Il faut réunir tous les acteurs participants
à la lutte contre les hépatites (hépatologues,
généralistes, chercheurs, pharmaciens, laboratoires, associations
de patients, ...) pour échafauder une vaste campagne d'information,
de prévention et de sensibilisation sur le problème de
l'hépatite C à tous les niveaux (du grand public aux pouvoirs
politiques).
Il faut donc soutenir et renforcer cette initiative
avec le secret espoir d'arriver un jour à réduire totalement
les dommages liés à cette maladie.
S'il est évident que cette alliance se fait
autour de l'objectif commun de lutte contre la maladie, elle ne devrait
pas empêcher les différents partenaires d'exprimer leurs
différences dans un but constructif. Par exemple, on peut évoquer
le dialogue entre médecins et patients pour une amélioration
de l'offre de soin… d’autant que les points de vue peuvent
être différents.
Je ne prendrai comme exemple que celui du Dr Pascal Melin (fondateur
de SOS Hépatites France) qui a bien compris que la guérison
du patient pouvait être ressentie de façon différente
selon les points de vue :
- point de vue du médecin : «vous êtes guéri,
je ne dois donc pas vous revoir (pour vérification) avant un
an»
- point du vue du malade : «je ne suis pas guéri, le médecin
se trompe puisque je n’ai pas retrouvé ni mon énergie,
ni mon entrain d’antan».
Dès lors, si l’éradication du virus est essentielle,
il est tout aussi essentiel de tout mettre en œuvre pour conserver
une qualité de vie au malade qui lui permette de vivre le plus
harmonieusement et le plus sereinement possible.
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